Je ne suis pas souvent malade. Enfin pas plus que la moyenne, pas moins non plus, c’est juste que je ne vais pas souvent chez le médecin. En fait je n’aime pas y aller, enfin pas pour des broutilles.
Lâcher 30 euros pour t’entendre dire que tu as un rhume et te faire prescrire du Doliprane, ça fait un peu mal au cul, d’autant plus que tu risque d’attraper autre chose au contact des autres patients dans la salle d’attente.
Parce que c’est surtout ça qui m’emmerde : l’attente. J’ai toujours été sidérée par l’accueil des toubibs qui te lance leur bonjour et grand sourire et pas même un mot d’excuse pour l’heure sup que tu as passé à lire le Gala de février 97.
Je ne sais pas si c’est moi qui n’a pas de bol ou si tous les médecins se pensent tellement ou dessus de toi pauvre merde, mais à chaque fois c’est pareil, et pas un seul « je vous prie de m’excuser pour le retard ». Non, visiblement c’est normal et comme je ne voudrais pas que cela influe sur la qualité des soins et bien je ferme ma gueule. Et quand bien même je ne sais pas par quel miracle il aurait l’extrême bonté de faire une légère allusion à ce retard je lâche un hypocrite « mais ce ne n’ai pas grave docteur ».

Bon, si c’est pour aller pour te faire détartrer les dents, effectivement ça ne porte pas à conséquence. Et dans certains cas ça peut même être agréable, je vous l’assure. Je me souviens qu’à l’époque où j’attendais Junior, l’attente de la visite mensuelle était une formidable occasion de papoter entre baleines et échanger sur des sujets que nous seules nous comprenions ; gerbes à répétition, poils qui poussent sur le bide, envies de meurtres et autres vergetures. La liste est non exhaustive bien sur mais je ne voudrais pas dégoûter ceux et celles qui ont envie de se reproduire (si tu veux dissuader ton conjoint envoie moi un mail).

En cancérologie, c’est différent.

Là, tu ne crains pas de te choper un pneumonie alors que tu venais avec ton simple rhume mais il n’y a pas davantage de magazines à ta disposition et une fois que tu as lu tout ce que tu pouvais et bien tu observes

Il est très facile de reconnaître à quel stade en est chacune des patientes. ça se voit au niveau de l’épaisseur du dossier qu’elles tiennent dans leurs mains, à leurs regards et aux sourires qu’elles te renvoient. Ça va de celle qui arrive avec une simple enveloppe et les yeux remplis de questions à celle qui s’apprête à brûler un dossier gros comme le bottin parce que tout est fini, qui appelle les infirmières par leurs prénoms et leur offre un boite de chocolats en espérant ne plus jamais les revoir. Entre les deux il y a pleins de choses, des épaisseurs de dossiers qui varient, des cernes plus ou moins épaisses, des regards qui signifient la compassion ou la tristesse, celles qui ont des cheveux, et celles qui n’en ont pas.

Tout commence par un courrier, d’ailleurs tout est une succession de courriers.

Le premier du médecin, qui en écrit à un autre médecin, qui lui-même écrit à un autre médecin. Le temps qui s’écoule est infiniment long, mais comme dit le premier médecin « il n’y a pas lieu de s’inquiéter pour le moment ».

Le mot « cancer », il arrive bien plus tard.


Pour info, ce billet n’a pas été écrit en temps réel, j’ai déjà été opérée, il faut bien que je m’occupe pendant ma convalescence !